Swimrun de Cancaven – Le retour du chien fou

Swimrun de Cancaven – La Houle par Marie-Amélie

Cette année, c’était décidé : année blanche en swimrun.
Objectif marathon. Plus de natation, ou presque. Place au bitume, aux séances d’AS42, aux chaussures carbone et aux rêves de chrono.
Sauf que… la théorie et la pratique ont décidé de divorcer.

Deux semi-marathons passés à souffrir, des résultats très loin de l’investissement à l’entraînement, un moral qui commence à sentir le cramé… Il n’en fallait pas plus pour que je jette l’éponge, revende mes dossards et revienne vers mon premier amour.
À partir de fin mai, je replonge. Littéralement. En quelques semaines, j’ai probablement nagé autant qu’en deux ans. L’idée fait doucement son chemin : tant qu’à retrouver des sensations, pourquoi ne pas enfiler un chasuble avec mon binôme préféré, Matthieu, qui a quelques trous dans son planning ?
Et là… miracle. On décroche le Graal : un dossard pour Cancaven.

La veille : la vraie compétition
Nous voilà à quatre dans un gîte. La course n’a pas encore commencé qu’on est déjà en train de la refaire. Ça chambre, ça raconte des bêtises, ça prédit des classements totalement fantaisistes. Bref, préparation mentale de très haut niveau.

Jour J
Les magnifiques journées ensoleillées ont laissé place à un petit crachin breton.
Rien de dramatique : c’est juste la Bretagne qui rappelle qu’elle est chez elle.
Navette depuis le port de Cancale, direction la plage du départ. Pendant que je m’échauffe normalement, Matthieu, lui, s’entraîne comme un avant-centre de Ligue 1 en pleine finale de Coupe du Monde… avec des têtes imaginaires. Chacun sa méthode.

Petit briefing sur la plage. On regarde les premiers du format L cavaler dans le sable. Dans quelques minutes, ce sera notre tour.

Top départ !
10h30. 500 mètres de course dans le sable pour commencer. Puis 800 mètres de nage. Une première section très agréable où les trois binômes des SRFO se retrouvent quasiment ensemble pour sortir de l’eau au même moment. La course commence bien.
On repart avec Stéphane et Simon… que l’on sèmera assez rapidement.
Le problème, c’est que le chien fou était officiellement lâché.
Sachant que le parcours était tout sauf taillé pour moi, la spécialiste du bitume bien plat — Matthieu a fait preuve d’une patience admirable. J’ai progressé en proprioception… mais disons qu’il reste encore quelques mises à jour à installer.

L’eau : mon élément
La deuxième nage est un pur bonheur.
Une mer calme, limpide, on voit parfaitement le fond. On remonte plusieurs binômes et, franchement, je pourrais presque oublier qu’il faudra ressortir courir.
Nous revenons également sur Yoann Pérignon et son père.
Évidemment, je ne peux pas m’empêcher de fanfaronner :
— « Tiens, je dépasse Yoann ! »
Spoiler : quelques kilomètres plus tard, ils nous repasseront devant avec une facilité déconcertante… et nous ne reverrons plus que leurs talons.
L’humilité, cette grande école.

Le complot des organisateurs
La troisième section de course était annoncée à 3,7 km. Visiblement, quelqu’un s’est trompé d’unité de mesure. Après comparaison avec plusieurs montres GPS et plusieurs concurrents, on est plutôt autour de… 5 kilomètres.
J’attends donc avec impatience la nage suivante annoncée à 600 mètres.
Enfin !
Je plonge.
Je nage.
Je sors.
Je regarde Matthieu :
— « Dis… elle ne faisait pas DU TOUT 600 mètres, cette nage… »
La nageuse est déçue.
Le coureur, lui, est ravi.
Le chien repart joyeusement sur le GR en me tractant avec enthousiasme.
Pendant ce temps-là, moi, je continue mon activité favorite : regarder mes pieds pour éviter de finir dans les ajoncs plutôt que profiter des paysages absolument magnifiques.

On remonte quelques équipes du format L en difficulté. On encourage les copains. On tape dans les mains des bénévoles et des concurrents. Et chaque nouvelle nage est un vrai cadeau. Sincèrement, Cancaven est probablement l’un des plus beaux parcours que j’ai eu l’occasion de faire.

À mesure que l’arrivée approche, les portions techniques commencent à sérieusement attaquer les cuisses. Ou ce qu’il en reste. Matthieu continue de m’encourager, me tend la main dans les descentes, relance sans cesse. Quel binôme.
Dernière nage. On sait qu’il ne reste plus qu’environ un kilomètre. On sort de l’eau. Le bénévole annonce : — « Vous montez sur le ponton, première à droite ! » Et là…
Des escaliers.
Encore des escaliers. Toujours des escaliers.
Les spectateurs encouragent de partout. Et c’est fou comme quelques applaudissements peuvent redonner de l’énergie quand on a des parpaings à la place des jambes.

La ligne
Les derniers mètres. On se prend la main. On franchit ensemble la ligne. Une accolade.
Et la voix du speaker :
7ᵉ au scratch. 1ers mixtes.
Pas mal pour deux personnes qui, quelques semaines plus tôt, ne savaient même pas si elles prendraient un départ cette saison.

Pourquoi le swimrun ?
Après la course, on retrouve toute la bande autour d’un ravitaillement absolument royal.
On refait déjà la course. On rigole. On chambre. On partage. Et je crois que c’est exactement là que se trouve la magie de ce sport.

Au fond, ce n’est pas seulement courir et nager.
C’est partager des efforts, des paysages, des galères, des fous rires et des arrivées avec des gens qu’on aime.
C’est aussi pour ça que je suis tombée amoureuse du swimrun.

Et visiblement… les Bigorexiques du Far Ouest ne sont pas encore morts. 😉

Partager :

Facebook
Twitter
Pinterest
LinkedIn